Serdar Gülgün: Istanbul in Paris

juin 2021

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Historien de l’art et collectionneur invétéré, Serdar Gülgün est aujourd’hui, l’un des maîtres les plus respectés de l’art ottoman.

Le charme de l'Ile Saint-Louis

Portant la moustache aussi bien qu’Hercule Poirot, l’homme élégant, imagine, d’Istanbul à Paris, des intérieurs foisonnant de trésors, à l’image de son pied-à-terre de l’Ile Saint-Louis, théâtre de la prochaine collection d’objets de voyage Orient Express.

Il existe sur l’Ile Saint-Louis, un palais extraordinaire. Celui où vit, une partie de l’année, Serdar Gülgün. Grand voyageur épris de culture française – il a notamment étudié au Lycée français d’Istanbul où il a appris la langue -, diplômé de la School of Oriental and African Studies à Londres, l’expert en art ottoman jette son dévolu, il y a deux ans, sur un ancien hôtel particulier du XVIIème.

« Après avoir hésité entre Londres, Venise et Paris, à l’image des escales de l’Orient-Express, la visite de ce lieu unique m’a charmé à la première visite. Plus qu’une adresse, c’est son histoire fascinante qui m’a convaincu d’y poser mes valises ».

Dans ce « coin de Venise à Paris » comme il surnomme cette partie de l’Ile Saint-Louis, vécurent ici deux Prix Nobel dont Marie Curie, physicienne de génie primée, à deux reprises, pour ses découvertes de la radioactivité et de l’uranium, et René Cassin, rapporteur du projet de Déclaration Universelle des Droits de l’homme à l’Assemblée Générale de l’ONU en 1948.

Turqueries and Chinoiseries

Un lieu d’âme, en somme, où Serdar Gülgün engage une longue restauration début 2019, avant la transformation des lieux en cabinet oriental de curiosités.

« Se lit ici l’histoire de l’Europe à l’heure orientale », confesse-t-il. « Un décor inspiré par la période des Turqueries et Chinoiseries qui inspirèrent les cours au XVIIIème siècle. Un goût pour l’exotisme que j’essaie de traduire dans cet espace aux grandes hauteurs de plafond, doté d’un large salon avec vue sur la Seine, d’une salle à manger festive, toute rouge de Chine, avec son balcon en mezzanine, parfaite pour accueillir les musiciens, et d’un étage composé d’un dédale de pièces et chambres couvertes de broderies d’Istanbul ou tapissées de tissus bleu paon, toutes pensées avec couleur, force et caractère. »

Crédit Photo : Hugo Toro

A la gloire du paon et de la tortue

Décoré de tapisseries aux motifs damassés et de marbres évoquant ceux de la basilique Sainte-Sophie, le salon s’ouvre en hommage à la culture stambouliote, dans une palette de couleurs inspirées du ramage du paon, dont deux spécimens se dressent en gardiens des trésors. Sur les consoles italiennes ornées de feuilles d’achante dorées, s’expose le dernier livre de Serdar, The Ottoman Chic (Ed. Assouline), dans lequel il dresse le portrait d’une élite stambouliote aux goûts sophistiqués. S’y dévoile aussi, l’animal fétiche du décorateur, la tortue, dont une collection de dessins et de carapaces aux ornements de bronze habille les murs.

« La tortue évoque l’Ère des Tulipes au XVIIIème siècle, dit-il, une période qui a vu fleurir les arts, la culture et l’architecture, et durant laquelle les sultans faisaient venir des dresseurs de tortues, capables d’enseigner à l’animal une marche droite au milieu des jardins de tulipes en portant, sur leur carapace, des bougies ». Une anecdote qui inspirera la première ligne d’objets de décoration du créateur. Des couvercles, cloches ou boîtes où l’animal apparaît, incrusté de pierres précieuses, lapis lazuli et cristal de roche parmi elles.

Un maître du décor

Un sens de l’esthétique qui vaut aujourd’hui à Serdar Gülgün, de multiples collaborations. Outre l’extraordinaire travail de restauration et de décoration d’un ancien pavillon de chasse sur la rive asiatique du Bosphore, une ancienne résidence d’un Hongrois en exil, Josef Kohlmann, devenu musulman et qui se fit appeler Feyzullah Pasha, dont il a fait sa résidence principale, l’homme aux mille talents décore également les intérieurs d’immeubles classés et de palais en Turquie. Il a également signé une ligne exclusive « Ottoman Tulipe » pour la maison de porcelaine Herend, développé une gamme de couleurs historiques ottomanes pour la marque de peintures Dulux, été l’invité d’honneur du City Guide Louis Vuitton Istanbul, et vient de collaborer avec Trudon, la célèbre maison française de bougies, pour laquelle il a imaginé une collection de socles et bougeoirs en bronze. Une vision créative et un goût de la sophistication, qui inspire Orient Express, dont la collection d’objets de voyage, se dévoilait à la presse, en cette fin du mois de mai, au sein de son palais stambouliote de l’Ile Saint-Louis.

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