Au cœur des Cyclades, l’île qui ne dormait pas

Novembre 2020

Nuit / Aventures

Des chants rébètiko envoûtants aux virages électroniques et randonnées aux flambeaux, les nuits de cette petite île des Cyclades font chanter et danser sans se soucier du lendemain.

Le parfum de la liberté

Le débarquement à Ανάφη a toujours lieu de nuit. Vers 2 ou 3 heures. Sous la houle du port d’embarcadère, les phares des voitures et scooters éclairent les passagers sortis des ferrys. Sauvage, l’île aride et rocheuse, dévoile ses routes en lacets où seules poussent fleurs de thym et carlines en corymbe piquantes. Autour du village principal de Χώρα, où vivent quelques yayas et bergers à l’année, se vit depuis près d’un siècle le parfum du vrai luxe, celui de la liberté disent les locaux.

 

Lieu de déportation et d’exil des opposants politiques sous les dictatures traversées par le pays (dès le début des années 20 et lors de la période de la Dictature des colonels jusqu’en 1974), Ανάφη est depuis devenue la terre rêvée d’une communauté alternative, artistique et créative se mélangeant joyeusement aux quelques familles comme aux hippies, dont les tentes s’invitent sur les plages de Ρούκουνας et de Κατσούνι, quelques chanceux touristes – seules 200 chambres sont ouvertes aux visiteurs – se mêlant à la danse.

Nuits divines

Echappant aux règles comme au temps, Ανάφη illumine son diamant à la nuit tombée. Point de guide en main, le vent mène les bons esprits dans les tavernes de rebétiko. Là où chantent les musiques d’accordéons, guitares, bouzoukis et violons jusque tard. En suivant les grandes agaves et quelques rythmes d’électro-jazz, la colline blanche de Μονόλιθος fait goûter à l’Anaflexi, cocktail où se mélangent liqueur de mastiha, gin, bitters et concombres. D’autres suivent les ailes d’un moulin du nom de Μήλος, où résonnent les rythmes de Peggy Gou et le glam rock de Bowie et où les têtes tournent façon derviches tourneurs.

 

Au petit matin, si le néon du club Madres brille et que les sacs de pop-corn s’éclatent encore, les marathoniens de la nuit peuvent prolonger leurs chorégraphies. Sur la terrasse rocheuse, le lever du jour fait vibrer les courbes du rocher monolithique Κάλαμος. Perché à son sommet, l’ancien monastère Καλαμιώτισσα se gagne après 1h30 d’excursion depuis les ruines du Temple d’Apollon, flambeau ou lampe torche à la main. Certains y passent la nuit, divine. Au loin, le diamant d’Ανάφη éteint son joyau. Jusqu’au lendemain.

 

En 2021, Anafi recevra la Biennale d’Art contemporain Phenomenon. Infos sur www.phenomenon.fr

*Anafi

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