Marisa Berenson :
« L’Orient-Express, un voyage pour trouver la paix »

Mai 2021

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Surnommée « la fille des seventies » par Yves Saint Laurent, Marisa Berenson est la première des égéries de mode contemporaine. Née à New-York, mannequin à ses premières heures, elle devient actrice, inoubliable dans les films légendaires Cabaret, de Bob Fosse, ou Barry Lyndon de Stanley Kubrick, et écrit plusieurs livres, dont Moments intimes et Elsa Schiaparelli’s Private Album. Après avoir voyagé dans le monde entier, Marisa Berenson est tombée amoureuse de Marrakech il y a huit ans, et vient de dédier à sa ville fétiche un livre, Marrakech Flair, aux éditions Assouline.

Photographes : Adam Scott Peters, Peter Horree, Lisa Butterworth, Alex Azaba et Reto Guntli

High-Life : Pourquoi Marrakech plus qu’une autre capitale ?

 

Marisa Berenson : Marrakech est une ville à part. La ville où, depuis des siècles, intellectuels, artistes, créatifs viennent chercher l’authenticité, la paix, la beauté. S’y découvre une magie inexplicable, une lumière comme nulle part ailleurs, un sentiment d’éternité.

 

HL : Que faites-vous à Marrakech en ces temps de confinement ?

 

Marisa Berenson : Outre le bonheur de m’y ressourcer depuis maintenant 8 années, j’y ai écrit un livre sur la beauté et la richesse de Marrakech. En commençant par rappeler son histoire extraordinaire, celle d’une femme, Zaynab Nefzaouia, faite « Reine Malika », à qui la légende et l’histoire attribuent la fondation de la ville. Marrakech Flair revient sur la naissance de cet endroit unique sur terre, sur ses dimensions culturelles, artistiques, spirituelles, ses adresses qui font vibrer et rêver, sur mes rencontres…

 

HL : Qui rencontre-t-on à Marrakech ?

 

Marisa Berenson : Le monde entier vient à Marrakech aujourd’hui. Outre l’héritage laissé par Yves Saint Laurent ou l’empreinte architecturale de Bill Willis, la ville est aussi une plateforme où s’expriment toutes les générations d’artistes, à l’instar d’Hassan Hajjaj, le Andy Warhol du Maroc, ou du peintre Mahi Binebine. Marrakech, c’est un bouillonnement créatif perpétuel.

 

HL :  Comment y trouvez-vous la paix ?

 

Marisa Berenson : Un courant spirituel et holistique émerge depuis quelques années, et je m’y retrouve parfaitement. Outre la chance de vivre dans une maison dans la Palmeraie, on peut vivre ici en osmose parfaite avec la nature, pratiquer le yoga, manger bio. Certains viennent même ici pour des retraites spirituelles.

HL : Le nouveau monde change-t-il votre perception du voyage ?

 

Marisa Berenson : Je ne souhaite plus voyager pour voyager. Ma maison est ici, à Marrakech. Si je suis obligée de partir, mon secret est de me transformer en ninja, en me donnant force et courage pour traverser le monde dans ce contexte compliqué. A l’exception du train, les transports m’ennuient terriblement.

 

HL : Alors, plutôt train qu’avion ?

 

Marisa Berenson : J’aime les voyages en train. J’ai adoré emprunter l’Orient-Express, parcourir Paris jusqu’à Venise. Il n’y a rien de plus merveilleux, de plus romantique que de s’abandonner à regarder les paysages ou à lire. L’Orient-Express procure ce sentiment de paix. J’ai aussi souvent voyagé en wagons-lits : passer des nuits sur les rails, se laisser bercer comme dans un rêve, j’adore !

 

HL : Vos meilleurs voyages se font seule ou à plusieurs ?

 

Marisa Berenson : Je n’aime pas voyager seule, mais y suis bien obligée. A l’évidence pour moi, les meilleurs voyages sont ceux que l’on partage avec un amoureux.

HL : Que n’oubliez-vous jamais pour voyager ?

 

Marisa Berenson : J’ai une obsession : mes potions magiques ! Quelques vitamines et quelques bouteilles, dont je ne vous révèlerai pas le contenu, qui prennent soin de ma peau et de ma forme. Une trousse ne suffit généralement pas, j’embarque une caisse lourde. Je déteste voyager léger.

 

HL : Votre voyage le plus long ?

 

Marisan Berenson : Le 11 septembre 2001. Après les crashs dans les tours du World Trade Center, dont, je l’apprendrai plus tard, l’avion où se trouvait ma sœur Berry, mon avion Paris-New-York a été détourné par sécurité dans une île du Canada, Newfoundland. Après être resté bloquées 15 heures dans l’avion, 2000 personnes et moi avons débarqué dans une île où tentes et hébergements d’urgence avaient été organisés à la hâte. J’y suis restée 1 semaine, avec juste mon téléphone. J’y ai réalisé que ce qui me paraissait important jusque-là l’était bien moins tout à coup, et l’instinct de survie m’a fait m’adapter à la situation.

 

HL : Que faites-vous lorsque vous arrivez dans une ville que vous ne connaissez pas ?

 

Marisa Berenson : Si je suis entourée de nature, je pars marcher. Si je suis proche d’une église, je pars prier et allumer une bougie. Si je suis en pleine ville, alors je reste sagement dans ma chambre d’hôtel. Je ne suis pas une grande aventurière et préfère généralement les instants de cocooning.

HL : Si vous pouviez voyager dans le temps, quelle époque choisiriez-vous ?

 

Marisa Berenson : Chaque époque a son lot d’imperfections et d’épreuves. D’un point de vue strictement esthétique, le début du XXe siècle, les années 20, 30 et 40, me fascinent. Les années 70 restent l’âge d’or de ma vie, une époque de liberté, d’expression artistique, de mode fabuleuse, de rencontres extraordinaires et je savoure ma chance d’avoir vécu ce temps-là. Mais je suis heureuse aussi aujourd’hui.  

 

HL : Le monde de demain sera… ?

 

Marisa Berenson : Sous le signe du Verseau ! Nous sommes entrés dans une nouvelle ère le 21 décembre dernier. L’ère du Verseau et le nouvel alignement des planètes suggèrent un changement radical et l’avènement d’un nouveau cycle, le Golden Age. Je veux rester positive, ne pas me morfondre. Nous ne vivrons plus jamais comme avant, c’est l’histoire du monde.

 

HL : Votre prochain voyage ?

 

Marisa Berenson : La France, Paris et l’Ile de la Réunion, où je suis attendue pour plusieurs tournages. Pour le reste, je ne veux pas me projeter, one step at a time. Je veux vivre dans le présent. Et remercier la chance d’être en vie, tous les jours.

Marrakech Flair, de Marisa Berenson, éditions Assouline, 304 pages.

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